Résonances

Jeûne et nerf vague : quand le corps change de rythme

Et si, pendant le jeûne, il ne se passait pas seulement quelque chose dans notre assiette, ou plutôt dans son absence, mais aussi dans la manière dont notre corps dialogue avec notre cerveau ?

Au cœur de cette conversation se trouve un acteur discret : le nerf vague.

Son nom vient du latin vagus, « vagabond ». Et il porte plutôt bien son nom. Parti du tronc cérébral, il descend vers le thorax et l’abdomen, croisant sur son chemin le cœur, les poumons et une grande partie du système digestif.

On pourrait l’imaginer comme une immense ligne téléphonique intérieure, constamment ouverte entre le cerveau et les organes.

Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la conversation remonte beaucoup vers le cerveau : la grande majorité des fibres vagales sont sensitives. Elles renseignent le cerveau sur ce qui se passe à l’intérieur du corps.

Le nerf vague, messager entre le ventre et le cerveau

Après un repas, l’estomac se distend. Des nutriments arrivent dans l’intestin. Des hormones digestives sont libérées. Autant d’informations captées directement ou indirectement par les voies vagales et transmises au cerveau.

J’ai mangé. L’estomac se remplit. Des nutriments arrivent. La digestion est en cours.

Le cerveau répond à son tour en participant à la régulation de la motricité digestive, des sécrétions et des sensations de satiété.

Ce dialogue fonctionne donc dans les deux sens : le cerveau parle au ventre, mais le ventre parle énormément au cerveau.

C’est l’une des raisons pour lesquelles notre état intérieur et notre digestion sont si intimement liés. Nous connaissons tous cette expérience : avoir « l’estomac noué » avant un événement important, ne plus avoir faim sous l’effet d’une émotion ou, au contraire, chercher spontanément de la nourriture lorsque nous sommes stressés.

Ce ne sont pas seulement des façons de parler. Corps, cerveau et système digestif entretiennent réellement un dialogue permanent.

Et lorsque l’on cesse de manger ?

Pendant un jeûne, une partie du paysage change.

Les repas disparaissent. Avec eux s’interrompent les grandes vagues quotidiennes de digestion, de distension gastrique et d’arrivée de nutriments.

Imaginez un restaurant après le dernier service.

Pendant des heures, la cuisine a reçu des commandes, les casseroles ont chauffé, les serveurs ont circulé. Puis les portes se ferment. La cuisine n’est pas morte : elle change d’activité.

Le système digestif continue lui aussi de fonctionner. Mais il n’est plus sollicité de la même manière.

Et l’ensemble de l’organisme doit s’adapter : les signaux métaboliques changent, les réserves énergétiques sont mobilisées et le système nerveux autonome ajuste progressivement ses équilibres.

Les premiers jours : le corps cherche ses nouveaux repères

Il serait séduisant de raconter que dès la première journée de jeûne, tout s’apaise et que le nerf vague appuie simplement sur un grand bouton « relaxation ».

La physiologie est plus subtile.

Le début du jeûne constitue d’abord une période d’adaptation. L’organisme doit passer d’un fonctionnement largement rythmé par les apports alimentaires à l’utilisation croissante de ses réserves.

Une étude récente menée dans le cadre du programme GENESIS chez des personnes suivant un jeûne Buchinger a justement observé cette dynamique : une activation sympathique transitoire au début du jeûne, suivie, au cours du jeûne prolongé étudié, d’une évolution des marqueurs de variabilité cardiaque compatible avec une activité parasympathique plus importante. L’étude reste exploratoire et ne portait que sur 16 participants : elle est intéressante, mais ne permet pas de transformer cette observation en règle universelle.

Autrement dit, le jeûne ressemble moins à un interrupteur qu’à un changement de vitesse.

Le moteur tourne toujours. Mais le régime change.

Du mode « faire » au mode « ressentir »

C’est probablement là que l’expérience du jeûne devient particulièrement intéressante.

Car pendant quelques jours, nous supprimons un nombre impressionnant de gestes automatiques : choisir ce que nous allons manger, préparer, acheter, cuisiner, digérer, grignoter, débarrasser… puis recommencer quelques heures plus tard.

Un espace apparaît.

Et dans cet espace, certaines sensations deviennent soudain beaucoup plus perceptibles : la faim qui arrive puis repart, le ventre qui travaille, le rythme du cœur, la fatigue, l’énergie qui revient, la respiration, le besoin de marcher ou de s’arrêter.

Une petite étude expérimentale sur le jeûne intermittent suggère d’ailleurs que le jeûne court pourrait modifier certains paramètres du système nerveux autonome et favoriser l’attention portée aux signaux corporels. Là encore, il s’agit d’un domaine de recherche encore jeune.

Peut-être est-ce une manière simple de comprendre ce que beaucoup de jeûneurs décrivent : quand le bruit alimentaire diminue, certains murmures du corps deviennent plus audibles.

Respirer, marcher, ralentir : le jeûne ne travaille jamais seul

C’est aussi pourquoi un séjour de jeûne ne se résume pas, pour nous, à ne pas manger.

Il y a la marche. La nature. La respiration. Le repos. Les temps de silence. Les échanges. Le sommeil. Le fait, tout simplement, de ne plus courir d’une obligation à la suivante.

Le système nerveux autonome est sensible à cet environnement.

Le nerf vague appartient à sa branche parasympathique, celle qui participe notamment aux fonctions de récupération et de régulation. Il intervient également dans des circuits beaucoup plus complexes reliant digestion, satiété, réponses immunitaires et cerveau.

Il serait donc excessif d’attribuer au jeûne seul ce que l’on ressent au cours d’un séjour.

C’est probablement l’expérience dans son ensemble qui compte.

Jeûner, mais aussi marcher.

Respirer.

Dormir.

Regarder longtemps un paysage.

Ne rien avoir à produire pendant quelques heures.

Écouter ce qui se passe en soi.

Le nerf vague comme trait d’union

C’est peut-être finalement la plus belle image à retenir.

Le nerf vague n’est ni un bouton magique ni un « nerf du bien-être » qu’il suffirait d’activer.

C’est plutôt un trait d’union.

Entre le cerveau et le ventre.
Entre notre environnement et nos réactions physiologiques.
Entre ce que nous ressentons et la manière dont notre organisme s’adapte.

Le jeûne vient momentanément modifier cette conversation.

Et lorsqu’on lui associe le mouvement, la respiration, le repos et l’immersion dans la nature, quelque chose devient possible : non pas mettre le corps sur « pause », mais lui offrir suffisamment d’espace pour entendre à nouveau ses propres signaux.

C’est aussi cela, l’expérience du jeûne : pendant quelques jours, faire un peu moins de bruit autour du corps…

pour mieux entendre ce qu’il avait à nous dire.

Le jeûne Buchinger s’adresse aux personnes pour lesquelles cette pratique est adaptée et ne remplace pas une prise en charge médicale. Certaines situations nécessitent un avis médical ou constituent une contre-indication au jeûne.

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