Ballonnements, digestion difficile, transit perturbé… Lorsque notre ventre commence à se faire entendre, le microbiote intestinal est souvent montré du doigt.
On parle alors volontiers de dysbiose, c’est-à-dire d’un déséquilibre de cet écosystème complexe qui peuple notre intestin.
Mais que se passe-t-il lorsque nous cessons temporairement de manger ?
Le microbiote se met-il lui aussi « au repos » ?
Le jeûne peut-il contribuer à modifier un microbiote déséquilibré ?
La recherche commence à apporter des réponses. Et elles sont plus subtiles qu’une simple « remise à zéro »
Le microbiote, un véritable écosystème intérieur
Imaginez un jardin extrêmement vivant.
Des milliers d’espèces y cohabitent, se nourrissent, interagissent et transforment ce que nous mangeons. C’est un peu ce qui se joue chaque jour dans notre intestin.
Le microbiote intestinal rassemble des milliards de micro-organismes, bactéries, virus, champignons et autres micro-organismes, qui participent notamment à la digestion, au métabolisme, au fonctionnement du système immunitaire et à la protection de la barrière intestinale.
Et comme tout écosystème, il peut perdre son équilibre.
On parle de dysbiose intestinale lorsque la composition ou le fonctionnement de cette communauté microbienne est altéré.
De nombreux facteurs peuvent y contribuer : alimentation pauvre en fibres et riche en produits ultra-transformés, certains médicaments et notamment les antibiotiques, infections, environnement, âge ou encore certaines maladies.
La dysbiose est associée à différents troubles digestifs et à plusieurs pathologies.
Mais attention à une confusion fréquente : la dysbiose n’est pas, à elle seule, un diagnostic permettant d’expliquer tous les ballonnements, fatigues ou problèmes de peau.
Notre microbiote est beaucoup plus complexe que cela.
Et quand nous arrêtons de manger ?
Voilà où les choses deviennent particulièrement intéressantes.
Nous pourrions imaginer que, privé de nourriture, notre microbiote se met simplement en sommeil.
Ce n’est pas ce que montrent les recherches.
Lorsque les apports alimentaires cessent ou diminuent fortement, l’écosystème intestinal s’adapte.
Certaines bactéries qui utilisent habituellement les fibres et les glucides apportés par notre alimentation disposent de moins de substrats. D’autres micro-organismes capables d’utiliser des ressources provenant de l’organisme lui-même peuvent alors occuper davantage de place.
Autrement dit, le jardin ne disparaît pas parce qu’on cesse momentanément de l’arroser de la même manière : son équilibre se transforme.
Plusieurs études menées chez l’être humain montrent ainsi que différents types de jeûne peuvent modifier la diversité et la composition du microbiote intestinal. Mais les résultats varient selon la durée du jeûne, le protocole utilisé et les personnes étudiées.
Ce que l’on observe avec le jeûne Buchinger
Une étude particulièrement intéressante pour le jeûne prolongé a suivi 15 hommes en bonne santé pendant un jeûne Buchinger de dix jours.
Les chercheurs ont constaté une modification nette du microbiote pendant le jeûne.
Certaines familles de bactéries spécialisées dans la dégradation des fibres alimentaires ont diminué, tandis que d’autres bactéries capables d’utiliser davantage les ressources produites par l’organisme ont augmenté.
Ce changement accompagnait le grand basculement métabolique caractéristique du jeûne : lorsque les réserves de glucose diminuent, l’organisme utilise progressivement davantage les graisses et produit des corps cétoniques.
Mais un résultat est particulièrement instructif : trois mois après le jeûne, les modifications du microbiote observées pendant la cure s’étaient en grande partie inversées.
Voilà qui change notre manière de regarder le jeûne.
Il ne s’agit donc pas d’« effacer » son ancien microbiote pour repartir avec un microbiote neuf. Il s’agit plutôt d’une adaptation temporaire de tout un écosystème à un environnement nutritionnel radicalement différent.
Une autre étude menée auprès de 51 personnes suivant cinq jours de jeûne selon les principes Buchinger a également observé une augmentation de la diversité microbienne après le jeûne et des modifications de certaines populations bactériennes.
Ces résultats sont intéressants, mais ils ne permettent pas encore d’affirmer qu’un jeûne « corrige » une dysbiose.
Le jeûne peut-il alors améliorer une dysbiose ?
C’est probablement la question essentielle.
Et la réponse scientifique actuelle est : nous ne le savons pas encore suffisamment.
Les études humaines montrent que le jeûne peut modifier le microbiote. Plusieurs revues scientifiques retrouvent des changements dans sa composition et, dans certaines études, dans sa diversité.
Mais « modifier » ne signifie pas nécessairement « réparer ».
Il n’existe d’ailleurs pas un microbiote idéal, identique pour tout le monde, auquel il suffirait de revenir. Notre microbiote porte l’empreinte de notre alimentation, de notre environnement, de notre âge, de notre mode de vie et de notre histoire personnelle.
La recherche sur le microbiote et le jeûne est passionnante, mais encore jeune.
Les études disponibles utilisent des protocoles très différents et portent souvent sur de petits groupes.
Le jeûne apparaît donc comme un puissant modificateur de l’environnement intestinal, mais pas comme un traitement démontré de la dysbiose.
Et si le moment décisif venait aussi après le jeûne ?
C’est sans doute l’un des enseignements les plus intéressants.
Pendant le jeûne, le microbiote s’adapte à la raréfaction des nutriments. Mais lorsque l’alimentation revient, son environnement change de nouveau.
Et cette fois, nous avons une marge de manœuvre : que choisissons-nous de remettre dans notre assiette ?
Les fibres apportées par les légumes, les fruits, les légumineuses, les céréales complètes et d’autres végétaux constituent des substrats importants pour de nombreuses bactéries intestinales. Certaines les fermentent et produisent notamment des acides gras à chaîne courte, molécules impliquées dans le fonctionnement de la muqueuse intestinale et dans différents processus métaboliques et immunitaires.
La reprise alimentaire n’est donc pas seulement la sortie du jeûne.
Elle fait pleinement partie de l’expérience.
Après plusieurs jours sans alimentation solide, retrouver progressivement les aliments, les textures, les goûts et les sensations de satiété offre aussi une occasion rare d’observer ce qui nous nourrit, et la manière dont nous nous nourrissons.
Le jeûne crée une rupture.
La reprise ouvre un nouveau chapitre.
Une piste sérieuse, pas une promesse universelle
Il serait tentant de présenter le jeûne comme une manière de « nettoyer », « restaurer » ou « réinitialiser » le microbiote.
La réalité biologique est plus complexe, et finalement plus intéressante.
Le jeûne modifie l’environnement intestinal et oblige le microbiote à s’adapter.
Les recherches menées chez l’être humain montrent que sa composition peut évoluer pendant cette période. Elles ne démontrent pas pour autant que le jeûne guérisse une dysbiose ni que les modifications observées soient systématiquement bénéfiques.
Cette prudence est particulièrement importante en présence de troubles digestifs persistants ou d’une pathologie digestive ou inflammatoire connue. Un jeûne prolongé ne doit alors pas être entrepris sans avis médical adapté.
Ce qu’il faut retenir
Notre microbiote n’est pas une structure figée. Il évolue avec ce que nous mangeons, mais également avec le rythme auquel nous mangeons, et avec les périodes pendant lesquelles nous ne mangeons pas.
Le jeûne Buchinger provoque des modifications mesurables de cet écosystème intestinal. La science commence à comprendre ces mécanismes, mais elle ne permet pas aujourd’hui de présenter le jeûne comme un traitement de la dysbiose.
C’est peut-être ailleurs que réside son intérêt.
En interrompant pendant quelques jours nos habitudes alimentaires, le jeûne crée une transition. Puis vient la reprise, progressive et consciente, qui permet de porter un regard neuf sur notre alimentation.
Parce qu’après le silence alimentaire vient une question essentielle : de quoi avons-nous envie de nourrir notre écosystème intérieur ?
Les liens des deux études citées
Jeûne Buchinger de 10 jours — microbiote et bascule métabolique
PubMed — Changes in human gut microbiota composition are linked to the energy metabolic switch during 10 d of Buchinger fasting
Jeûne périodique de 5 jours — microbiote intestinal
PubMed — Five Days Periodic Fasting Elevates Levels of Longevity Related Christensenella and Sirtuin Expression in Humans

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