LA DANSE DE LA VIE HUMAINE*

Depuis longtemps je danse !  
 
La première fois c’était, semble-t-il, enfant, sur le parvis de l’église, au son des cloches, dans les bras de mon père.

Je ne suis pas devenue danseuse étoile, pour autant la danse ne m’a jamais quittée.
Mon goût pour elle, allait devenir plus tard une passion pour la pratique de la danse libre, découverte au hasard d’un été…
Cet élan s’est transformé progressivement en une pratique assidue, régulière souvent intense.
Un nouveau terrain de jeux à la pratique riche, variée et profonde, car la danse libre est physique, artistique, spirituelle, reliée…

Si la danse c’est de l’amusement, sa pratique ne se résume pas à danser la Chenille…

Savez-vous que la danse avec la musique, sont identifiées comme les premières pratiques artistiques de l’homme ?
Peut-être parce qu’elle embarque à la fois de l’expression individuelle qui s’associe à la puissance de l’expérience collective.
La danse de la vie humaine* rassemble depuis toujours les humains, liant dans un« Un » le singulier à l’universel, où chacun est la pierre qui crée le temple, transcendant ainsi les êtres dansants de ce temps périssable qu’est la danse en un instant d’éternité.

C’était déjà l’avis de Saint Augustin au IVéme siècle :
« Danser c’est se permettre d’oublier un peu, pour mieux se retrouver tout entier, corps et esprit réunis. Je loue la danse car elle libère l’homme de la lourdeur des choses et lie l’individu à communauté. Je loue la danse qui demande tout, favorise santé et clarté de l’esprit et élève l’âme. »

Durant le Grand Confinement, le nombre de vidéos de danse dans son salon ou sa cuisine a explosé, comme un besoin de se sentir vivant et de le communiquer au monde, de se sentir reliés mais aussi certainement de poser ses fardeaux accumulés et laisser pour un temps voguer au loin l’incertitude et les peurs de l’époque.

Que serait la danse sans la joie ?

« La joie est le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection » Spinoza

La joie, c’est la joie de vivre et de danser, c’est vivre sa joie, être et rencontrer la gaité, non pas celle qui nie nos peines et les rudesses de l’existence mais celle de l’acceptation de toutes les couleurs de la vie, les roses et les noires, toutes !
Le prodigieux de la joie dans la danse, c’est de naître d’un miracle, celui du mystérieux et fugace accord parfait entre son être propre et le monde, entre soi et le jaillissement de la vie, un sentiment fort de plénitude.
Là réside un bonheur sans limite…

Et vous, comment voyez-vous, vivez-vous la danse ?
Quel est votre rapport au mouvement dansé ?
Évoquer la danse, c’est aussi parler de son rapport au corps, et on a beau être en 2021, c’est encore tabou, on n’ose pas ou peu…
Et pourtant que de bénéfices à libérer ces liens qui nous entravent et nous limitent dans le libre mouvement et la libre circulation du vivant en soi.
Laisser faire le fluide du vivant
Laisser la vie circuler
Laisser l’énergie nous guider
Laisser faire, lâcher-prise
Ne rien forcer
Ne rien retenir
Suivre et laisser se dévoiler un langage éphémère, qui nous échappe…
Et c’est tant mieux. Le mouvement soigne, le mouvement répare, c’est un chemin de libération intérieure, de retrouvailles et de connexion avec soi, avec la vie, avec les autres.

«Certaines choses peuvent être exprimées par les mots, d’autres à travers le corps. Mais il y a aussi des moments où l’on reste sans voix, complètement perdus et désorientés, sans savoir quoi faire. C’est là que commence la danse »
Pina Bausch.

Le sublime de la danse tient à cet art fugace et mouvant qui ne laisse de trace que dans nos mémoires et nos cœurs. Tout donner sans rien attendre, c’est un don parfait à l’instant présent !

Probablement vous me connaissez comme méditante mais sans doute moins comme danseuse.
Une danseuse/méditante
Une méditante/danseuse
On pourrait y voir une opposition, comme s’il fallait vivre soit l’un soit l’autre, le mouvement ou l’immobilité.
J’ai choisi de ne pas choisir et de vivre pleinement les deux et j’éprouve une sincère et authentique gratitude pour ces deux pratiques qui se sont si bien épousées pour soutenir mon chemin.
Une explosante-fixe, disait André Breton, les noces de l’immobilité silencieuse de la méditation et du mouvement de la danse.
En réalité, il n’y a pas de séparation, les deux voies ne s’excluent pas, elles se conjuguent et créent un espace inédit, celui de la danse libre consciente !

«Il ne faut pas lâcher le mouvement pour rechercher la tranquillité. Il faut au contraire rechercher la tranquillité au sein du mouvement. Dans le mouvement même, il y a une éternelle tranquillité. Mouvement et tranquillité n’ont jamais été séparés»
Seng Chao (374 – 414)

Souvent quand je guide des méditations Pleine Conscience, j’invite à sentir cette « danse toute intérieure de la respiration ».
Et si vous preniez quelques instants pour sentir ce mouvement infime et intime de votre danse intérieure ?
Sentir la danse, le bercement de votre respiration : ça danse, rien à faire, juste à sentir et se laisser sentir…

Dans la pratique que je propose, méditation et danse se rejoignent et forment un espace d’exploration du geste dansé et de la quiétude méditative.
Pas de pas imposés, ni de chorégraphie, on se moque de l’arrondi du bras ou de la cambrure du pied, non, ici la danse EST vie, émotion, expression de soi, elle est définitivement un Oui à la vie et à sa beauté.
Elle naît dans l’innocence du moment présent et de son harmonie avec le corps et l’esprit.
Là est tout l’Art, simplement l’art d’être soi dans son énergie vivante du moment présent.

Et c’est parfois l’un des challenges les plus difficiles, le plus audacieux peut-être, celui de se laisser aller à être soi, avant tout à ses propres yeux et puis aussi sur un Dance Floor aux yeux des autres, pour une fois encore ou pour une toute première fois, vivre ce fameux lâcher-prise, qui ne peut pas être, admettez-le, que mental mais est aussi une affaire de corps qui se sent vivre libre.

« Avez-vous la discipline d’être un esprit libre ? »
C’est une question de Gabrielle Roth, la fondatrice de la danse des 5 rythmes.
Discipline et liberté, improbable association qui donne à imaginer l’ardu du chemin vers la liberté.
Quand on évoque le mot liberté, c’est d’abord la notion de liberté extérieure qui vient : matérielle, de voyage, de déplacement… pour importante qu’elle soit, la liberté d’être ne peut se réduire à elle seule. L’esprit libre tient d’abord de la liberté intérieure, celle qui va défaire les liens invisibles de nos croyances, certitudes, déterminismes et pulvériser les entraves pour augmenter la conscience à être.
Si la danse libre comme la méditation Pleine Conscience sont des trésors libérateurs à la portée de chacun, le chemin n’est jamais tracé mais toujours à inventer…

Et rappelez-vous… Quoiqu’il arrive, on ne peut pas arrêter la danse de la vie, pas plus que le printemps ou l’été qui vient, alors dansez, dansez la Vie et son miracle…

«C’est la musique et la danse qui me mettent en paix avec le monde.»
Nelson Mandela

Bel été à vous, respirez, profitez de la plénitude qu’offre l’été.

Toujours une joie de recevoir un retour, ce billet est là aussi pour ça, que vous soyez bref ou plus long, laissez venir et danser les mots…

Lisdalia.

*La danse de la vie humaine, tableau de Poussin, appelé aussi la danse à la musique du Temps.

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