À tous ces pèlerins de l’âme !

QUE L’ÉTÉ SOIT BEAU

Il y a quelques mois, en janvier, durant une journée Coach, un « grand intervenant »*, un formateur de coachs de renommée nationale voire internationale fustigeait lors de sa conférence le  « Développement personnel », avec une certaine provocation étant donné son auditoire, ne voyant là qu’une démarche purement individualiste et égotique.

Face à ce discours, des émotions m’ont traversée, agitée ; elles tournaient autour, disons d’un mélange d’irritation et de sentiment d’injustice.

Humm. Respirer. Sentir et accueillir.

À table, avec mes amis-confrères, nous avons échangé sur ce discours et le fond de provocation qu’il pouvait y avoir.

Comme les eaux profondes font leur lit et montent lentement à la surface, devenant source, ce moment-là a longtemps infusé !

Certes le monde du développement personnel est confus, multiple, nébuleux voire fumeux ; c’est un mot-valise, un fourre-tout et le milieu ne manque pas d’imposteurs, d’illusionnistes…

Et puis il y a aussi l’effet mode : certaines propositions, très bien marketées, deviennent une nouvelle vogue ; cela fait vendre beaucoup de livres, de formations en tout genre. N’importe quelle proposition peut ainsi devenir, si elle est bien orchestrée, la nouvelle tocade, une recette qui va « cosmétiquement » vous faire devenir une nouvelle personne, un être plus serein, ou plus efficace, plus performant, plus… Bref « plus quelque chose » nous faisant croire que ça se passe sans un vrai travail sur soi, sans une réelle exigence envers soi-même, nous allons ainsi être libérés !

Il est certes difficile dans cette écume, de faire le tri, de discerner, mais faut-il tout rejeter tout en bloc ?

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Alors que se développer personnellement est un chemin et qu’il ne suffit pas d’une baguette magique pour arriver au but, c’est le chemin qui est le but, d’ailleurs c’est que le poète Goethe écrit « Ce n’est pas assez de faire des pas qui doivent un jour conduire au but. Chaque pas doit être lui-même un but en même temps qu’il nous porte en avant ».

Tout comme le pèlerin sur son chemin peut avoir besoin d’un bâton, en l’occurrence d’un bourdon, de même on a besoin de méthodes, parfois même de techniques, de livres, d’outils de développement personnel, de formations et surtout de personnes qui nous accompagnent, comme le font les formateurs, thérapeutes, coachs, tuteurs, passeurs… mais quoi qu’il arrive, ils restent un appui, une aide, un soutien pour avancer sur ce chemin d’exploration, qui se fait seul et n’appartient qu’à soi.

Et c’est celui d’une vie !

Ensuite que tout le monde ne se sente pas appelé et concerné par cette exploration de soi, oui bien sûr, c’est absolument normal. Chacun son chemin, chacun sa route.

Je voudrais rendre hommage à tous ces pèlerins de l’âme qui sincèrement poursuivent cette quête d’eux-mêmes autant chez eux, avec leur famille,… que sur le lieu de leur travail. Ils ont compris qu’ils ne devenaient pas quelqu’un d’autre, et que leur quête ne s’arrête pas au moment de franchir la porte de leur entreprise.

A tous ceux qui, à la sueur de leur front, font bénéficier l’humanité proche de leur labeur et de leur travail sur eux-mêmes. Parce qu’ils ont développé justement leur humanité, ont ouvert leur cœur et tenté d’éloigner l’Ego. Un Ego qui recèle mille et un pièges, mille et un tours pour toujours nous faire plonger dans nos affres égoïstes et nombrilistes.

Oui, il faut se regarder comme un témoin, un témoin exigeant, bienveillant, sans complaisance, pour pouvoir peu à peu débusquer ses ombres et les tenir à une distance raisonnable, repérer nos modes automatiques, nos conditionnements de protection et de fermeture.

Eux, ces pèlerins de l’âme, savent que c’est toujours un cadeau inattendu, quand vient l’alchimie de la  transformation !

. Oui, il faut du courage pour être soi.

Ces travailleurs de l’ombre travaillent pour le plus grand nombre, sans bruit, sans lumière et avec humilité. Ils font du Développement Personnel.

Et ce terme mérite ses lettres de Noblesse.

Et je le dis et l’affirme : il ne veut pas dire développement pour son petit Moi. Oui, vraiment oui, il faut passer par soi pour aller vers l’Autre, l’autre avec un grand A.

C’est le sens, selon moi inscrite sur le temple de Delphes « Connais toi toi-même… et tu connaîtras l’univers ! « 

Elle est de Socrate, pour ceux qui l’ignorent. Elle a donc quelques siècles et pour moi elle est à la base de ce travail de développement personnel que je mène pour moi et que je propose à ceux que j’accompagne.

De la même manière, on ne médite pas pour s’éloigner du monde : en se côtoyant intimement, on se rapproche du monde, de l’autre, de l’univers et ainsi  à sa manière, à sa façon, on contribue,  modestement à faire émerger, “à un peu mieux dans le monde ». Comme nous y invite cette célèbre  l’histoire du colibri, lorsque l’oiseau dit :  » je fais ma part« .*

Je laisserai la conclusion à Albert Einstein :

« Un être humain fait partie d’un tout que nous appelons « l’Univers » ; il demeure limité dans le temps et dans l’espace. Il fait l’expérience de son être, de ses pensées et de ses sensations comme étant séparés du reste – une sorte d’illusion d’optique de sa conscience. Cette illusion est pour nous une prison, nous restreignant à nos désirs personnels et à une affection réservée à nos proches. Notre tâche est de nous libérer de cette prison en élargissant le cercle de notre compassion afin qu’il embrasse tous les êtres vivants, et la nature entière, dans sa splendeur. » Albert Einstein

C’est la quête de celui qui fait du Développement Personnel !

Ce billet est reste toujours une invitation au lien, et donc je vous encourage à prendre le clavier avant de partir pour votre été. Que votre été soit beau, je vous le souhaite ressourçant, plein de vie, dense et léger.

Lisdalia

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* je ne citerai pas son nom, mais certains s’en souviendront.

* histoire du colibri : pour ceux qui ne la connaissent pas, je peux la leur envoyer

Un enchantement désastreux…Un désastre enchanté.

« Comme l’univers lui-même, la vie des hommes est un désastre et un enchantement. Un désastre parce que la fin est déjà inscrite dans le début. Un enchantement parce qu’il ne cesse de s’y passer des événements qui provoquent des émotions, des sentiments, des réflexions, de la passion. Un désastre parce qu’il y a la souffrance et le mal. Un enchantement parce qu’il y a l’espérance et l’amour. »
(Jean d’Ormesson, Guide des égarés)

J’en ai fait un oxymore :
Un enchantement désastreux 
Un désastre enchanté.

Connaissez vous : l’oxymore?
Pour ceux qui ont travaillé avec moi, ils savent mon attachement à cette figure de style.
Dans le cas présent, j’aime ce que ces deux oxymores, nous révèlent de la vie et de sa complexité, de son équilibre fragile, de son imperfection parfaite et ici, le sentez-vous, avec la distance d’un sourire !
Je vois déjà, s’esquisser le sourire malicieux de Jean d’Ormesson, un mélange de ruse et de bonhomie.

La vie sur terre est polarisée, elle est travaillée, traversée par des vents contraires, des oppositions, des séparations, des divisions…
Le jour-la nuit, le masculin-le féminin, l’ombre-la lumière, l’intérieur l‘extérieur, la haine-l‘amour, le superficiel- le profond, le oui-le non, le désastre-l‘enchantement et ainsi de suite…
Ces thèmes ne se conçoivent que dans, la séparation, l’un ou l’autre, l’opposition.
En apparence seulement…
Dans le visible, c’est séparé, dissocié, divisé mais à un autre niveau plus subtil et profond, celui du sensible, l’alliance des deux mots opposés va prendre sens et donner à saisir, à percevoir, une réalité oú finalement, certes ils sont toujours différents mais leur coexistence engendre une autre forme de réalité que notre esprit binaire porté à la dualité tend à combattre et à démentir.
 « Nous sommes comme des îles dans la mer, séparées à la surface mais reliées dans les profondeurs » William James.

On parle dans la Mindfulness de la non-dualité, de la non-séparation, c’est dans cet espace que l’on peut toucher quelque chose de précieux, un sentiment d’unité, se sentir relié à une autre forme de réalité où il n’y a plus séparation, plus de dualité, tout devient harmonieux et comme homogène, on fait corps avec l’un…

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« Nul savoir, si étendu qu’il soit, ne permet d’atteindre la plénitude de la sagesse sans la connaissance de soi-même » Bernard de Clairvaux

Mais revenons au texte de Jean d’Ormesson et à ce qu’un passage d’année amène dans son traineau, comme bilan, vœux, mots auxquels je préfère celui d’intention.

Alors 2017, une année enchantée ou désastreuse ?
Pour vous, pour moi, pour le monde…

Je suis sûre qu’elle a été les deux à fois, nous nous retrouvons avec la complexité chérie et bénie de l’oxymore.

Une année, comme une vie ressemblent à un manège diaboliquement enchanté avec sa chaîne des jours nous entraînant dans la souffrance, le désappointement, les déceptions, la rage, la tristesse, la contrariété, la trahison, les illusions…et viennent s’y mêler souvent de façon inattendue, surprenante l’espérance, la joie, la légèreté, la gentillesse, le sourire, le rire, l’intelligence, le désir, le plaisir…
Bref les émotions, ces ondes vibratoires, qui font le sel de la vie, en un mot, l’Amour.

« Quand on est né, il faut s’attendre à mourir » disait Jean d’Ormesson.

Et donc d’ici là, d’ici là bas, d’ici au loin, notre plus grand devoir, n’est-il pas de tenter de vivre avec et de cette énergie, l’Amour.
Une énergie, elle, non fossilisée mais faite de cellules vivantes et vibrantes, circulant dans tout le corps et jusqu’au cœur.
Corps-cœur il nous manquerait la tête, non pas le mental mais la conscience.
La conscience donc, avec et par le corps nous mène, à la Mindfulness, la pleine conscience à la vie, notre présence attentive à l’instant présent.

« Je nais chaque instant pour chaque instant.
Je respire… n’est-ce pas tout ?
Je respire…j’ouvre profondément,
toujours pour la première fois,
ces ailes intérieures qui battent le temps vrai. »
Paul Valéry, Mon Faust.

Le sentiment qu’à chaque instant la naissance est possible, le nouveau peut opérer. Comprendre, entendre, accueillir profondément en soi cette possibilité, cette permission, n’est-ce pas un formidable petit pas pour se diriger modestement certes mais sûrement vers le bonheur, vers la libération, se libérer de soi-même, d’abord et avant tout, car ne sommes-nous pas notre premier geôlier ?

J’entends beaucoup dans les entreprises, parler de libération, libérer les collaborateurs, avec au final cette injonction insupportable de « libérer l’autre »
Ah oui intéressant, très…
Mais surtout utopique et illusoire, « on ne libère personne » car seule la personne concernée, fort heureusement, peut opérer cette transformation.
Alors je poserai cette question aux dirigeants qui se lancent dans ce type de mouvement, nous allons faire l’hypothèse avec sincérité :

– En quoi êtes-vous, vous-mêmes libérés ?
– Connaissez-vous vos MMA (Modes Mentaux Automatiques ) parvenez-vous à les observer et à vous en libérer ?
– Avez-vous suffisamment voyagé en vous-mêmes ?

Et oui aller vers la libération, le bonheur, ça se travaille et ce n’est pas toujours une croisière en eaux calmes.
« Être heureux n’est pas une fatalité du destin, mais une réussite pour ceux qui peuvent voyager en eux-mêmes » dixit LE Pape François.
Pas de destinée donc mais un chemin, un voyage…

Je vous souhaite une magnifique année 2018, qui sera parfaite dans son imperfection.

En souhaitant que dans le flot ininterrompu des mails « Vœux » vous trouviez du temps d’abord, et éprouverez un peu de plaisir à me lire, ensuite, puis celui de m’écrire ! Je sais j’en demande beaucoup.

Depuis Noël, du plus profond de la nuit surgit la lumière, c’est le secret de Noël, la lumière et son retour, peut-être ressentez-vous la différence, nous sommes déjà en route pour notre futur printemps, et bientôt futur été !

En attendant ici et maintenant c’est l’Hiver, aujourd’hui une belle tempête, je vous souhaite un bel hiver, l’hiver le temps de la sagesse, profitez-en pour revenir en soi, chez soi, se chouchouter, se cocooner, se dorloter, Vous, l’Autre, les Autres, le Monde…

Lisdalia.
Je vous embrasse. À bientôt.

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COMME UN ÉTÉ !

ENFIN L’ÉTÉ !
« Une pierre n’est lourde que si on la porte » Tao Li Fu*.  
Vous m’avez manqué !
Comment allez-vous ?
J’ai eu envie de prendre de vos nouvelles avant la pause estivale.

Enfin l’été !
Vraiment ?

L’été, la saison des réjouissances et des nourritures terrestres.  
Après cette époque inédite ! Inédite, sans doute le mot le plus écrit, après Confinement bien sûr, Covid évidemment, et sûrement Corona… et puis le mot Sidération ne fut jamais bien loin non plus.  

Oui alors, comment ça va ?
Un peu égarés, non ?
Pendant le confinement, j’ai relu ce livre « Guide des égarés » de Jean D’Ormesson. Il passe en revue des thèmes existentiels comme le temps, la mort, la vie, le bonheur, la beauté…et tente de répondre à cette question bien vaste et peu originale : « Qu’est-ce que je fais là ? » mais, si on est honnête, par les temps qui courent, c’est parfois difficile d’y répondre.
Ne trouvez-vous pas ?  

Chez moi, eh bien, c’est flottant…
Du flottement, ce n’est pas désagréable mais pas vraiment confortable non plus !
La rive m’apparaît encore bien lointaine, et puis ça tangue : une deuxième vague, pas de deuxième vague ???
C’est comme si une partie de moi restait en vigilance Orange, comme ça à l’arrière-plan, un peu comme un chien de prairie, débout, à l’arrêt, incertaine cet été de pouvoir goûter et jouir des fruits de l’été.  
D’abord, j’ai le sentiment qu’une partie de l’année m’a été volée, j’ai été spoliée d’un bout du film, il me manque un bout de vie. Avec à la fin, une étrange sensation de sortie de tunnel, comme si mes yeux mais pas seulement, devaient se réaccoutumer au monde d’Aprés…  

Et pourtant comme pour d’autres ce confinement, fut fabuleux de découvertes et de créativité. Tout méditant rêve de ça, vivre le retrait, la simplicité des jours, la bonté de l’instant présent, la générosité de la vie et son abondance, le temps qui s’étire et le silence qui s’invite, même en ville, le silence avait établi sa demeure.
Le temps du confinement pouvait par moment avoir le goût du paradis. Par moment seulement… Et pour certains seulement…
Car pour d’autres ce ne fut pas loin de l’enfer, tellement c’était plein, même trop plein, une porosité accrue entre les vies pro et perso et des frontières qui s’estompent quand on a son bureau dans son lit.  

Et maintenant ?  

Eh bien, c’est presque plus compliqué. La prison-confinement, toute proportion gardée bien entendu, avait ça de confortable, que les règles étaient claires et le demain presque prévisible, depuis la prison s’est envolée et incertitude et insécurité sont toujours là, elles se collent à nous comme des amies indésirables, pas vraiment disposées à nous lâcher.  

«N’appelez pas cela incertitude – appelez-le Autrement. N’appelez pas cela insécurité – appelez-le Liberté » Osho.
Voilà une voie.
Une invitation audacieuse.  

La voie, non de l’injonction mais d’une invitation à ouvrir un espace de conscience où nous tenterions de voir, d’observer quand le regard se ferme, l’esprit se limite et les émotions nous submergent, et sans jugement de relâcher la tension mentale, de respirer, se détendre et choisir.

Peut-être vous connaissez cette citation ?
« Entre le stimulus et la réponse il y a un espace, dans cette espace se trouve notre réponse et dans notre réponse se trouve notre croissance et notre liberté »
Elle est de Viktor Frankl. Nombre de nos difficultés viennent de notre réactivité, du peu d’espace entre le stimulus et la réaction. Trop souvent nous sommes « agis plus que nous n’agissons » nous vivons en pilote automatique. Les conditionnements, les modes mentaux automatiques régissent nos vies, dirigent nos choix, enferment nos envies profondes. Ce sont des dictateurs silencieux mais terriblement efficaces. Cette modalité mentale est encore accentuée en période de stress.  

Dans la méditation pleine conscience nous apprenons, grâce à la pratique, à créer et déployer l’espace entre le stimulus et la réaction, pour passer, pour être en mode «Réponse » et quitter le mode «Réaction ». Dans cet espace, réside notre discernement, notre liberté de choix et la liberté tout court. Un espace que les méditants connaissent, rencontrent et peuvent sentir physiquement, sensoriellement, cet endroit « spacieux » entre l’inspire et l’expire, si vide et si plein, le champ infini de la conscience.  

Nous voilà en été, alors cette année plus que jamais, prenez soin de vous ! Nous avons tous besoin de prendre soin de nous, physiquement, émotionnellement, affectivement et spirituellement.  

Spirituellement, comment ça ?
Prendre soin de soi, est-ce de la spiritualité ?
Oui, c’est ce que les grecs nomment l’Epimeleia Heautou, se soucier de soi-même qui est associé au Gnôthi Seauton, célèbre formule figurant sur le temple d’Apollon, «Connais-toi toi-même» de Socrate, l’un ne doit pas être négligé au profit de l’autre. C’est une articulation dynamique qui par la prise de conscience qu’elle constitue est déjà une voie de transformation en elle-même.
Et tenez vous bien, rien d’égoïste dans cet acte, c’est même le premier conseil de Socrate à Alcibiade, qui ambitionne de gouverner la cité, Socrate lui recommande, pour bien s’occuper de ses citoyens, de se regarder lui-même et de connaître ce soi-même. Le souci de soi n’est pas un retrait, un désengagement du monde, mais au contraire, c’est apprendre à se situer dans l’action entreprise. Pour Socrate le souci de soi n’est jamais séparé du souci des autres.  

Epimeleia Heautou, est très proche de ce qui se pratique dans l’Assise méditative, une des pratiques de la pleine conscience, où nous ne menons pas d’introspection mais plutôt posons un regard, un regard éveillé et conscient sur la manière dont nous sommes en relation avec les situations, les émotions, les pensées et nous observons en témoin :
Quel sujet sommes nous face aux évènements de notre vie avec notre environnement ?  

Nous faisons de la méditation une contemplation dynamique, une immobilité battante*! L’Assise dans la méditation serait cette alliance improbable, cet oxymore : Une immobilité battante? Oui, radicalement, oui ! Certains voient la méditation comme une pratique molle et peut-être même paresseuse. S’assoir et ne rien faire, quelle idée…quand il y a tant à faire de par le monde ! N’est-ce pas de la paresse ou même de la faiblesse ?
En réalité, l’immobilité demande de la détermination et du courage, celui de ne pas faire comme d’habitude, par exemple de fuir le désagréable, l’inconfortable.
Dans l’immobilité on décide de faire face, de ne pas se dérober devant ce qui nous gêne mais de le regarder droit dans les yeux, et s’ils sont fermés c’est pour mieux sentir et voir. La détermination quant à elle n’est pas de l’ordre de la volonté, ni du faire mais sa nature est tranquille, une tranquille certitude d’être là, vraiment là.
Être là, totalement et pleinement dans le confort et l’inconfort, nous permet de vivre toute notre expérience humaine, de la laisser se manifester, sans choix égotiques. Et ça c’est du courage, le courage d’être soi.
Dans cette pratique spirituelle, nous nous rencontrons et nous nous offrons le cadeau sans doute le plus précieux d’une existence : notre présence attentive et vivante.   Peut-être que dans ces temps troubles et confus, la spiritualité devient un recours, un chemin qui ouvre les consciences et les cœurs et en devient une urgence.  

Ici, je ne voudrais pas vous quitter sans vous partager ce merveilleux texte :
« À la question toujours encombrante : qu’est-ce que tu écris en ce moment, je réponds j’écris sur les fleurs, et qu’un autre jour je choisirai un sujet encore plus mince, plus humble si possible. Une tasse de café noir, Les aventures d’une feuille de cerisier. Mais pour l’heure, j’ai déjà beaucoup à voir : neuf tulipes pouffant de rire dans un vase transparent. Je regarde leur tremblement sous les ailes du temps qui passe. Elles ont leur manière rayonnante d’être sans défense, et j’écris cette phrase sous leur dictée : « Ce qui fait événement, c’est ce qui est vivant, et ce qui est vivant, c’est ce qui ne se protège pas de sa perte. » Autoportrait au radiateur, de Christian Bobin*.  

Une belle invitation de saison que celle de la contemplation, l’été reste un moment propice pour regarder les « ailes du temps qui passe » et saisir parfois l’éternité de l’instant, pour un instant, pour un instant seulement…  

Je serai, comme toujours, heureuse d’avoir de vos nouvelles, à vos claviers si cela vous chante, je vous répondrai.   Très bel été à vous !
 
Lisdalia.  

* le livre des petits étonnements du sage Tao Li Fu, de Jean-Pierre Siméon
* L’immobilité battante. Livre-entretien avec Tal-Coat, peintre.
* Autoportrait au radiateur, de Christian Bobin. Merci à l’amie qui m’en a fait le cadeau.

#3 Pourquoi s’asseoir sur un coussin ?

Pour la liberté !

Peut-être vous connaissez cette citation ?

« Entre le stimulus et la réponse il y a un espace, dans cette espace se trouve notre réponse et dans notre réponse se trouve notre croissance et notre liberté » Elle est de Viktor Frankl.

Nombre de nos difficultés viennent de notre réactivité, du peu d’espace entre le stimulus et la réaction. Trop souvent nous sommes « agis plus que nous n’agissons » nous vivons en pilote automatique. Les conditionnements, les modes mentaux automatiques régissent nos vies, dirigent nos choix, enferment nos envies profondes. Ce sont des dictateurs silencieux mais terriblement efficaces.

Cette modalité mentale est encore accentuée en période de stress.

Dans la méditation pleine conscience nous apprenons, grâce à la pratique, à créer et déployer l’espace entre le stimulus et la réaction, pour passer, pour être en mode « Réponse » et quitter le mode « Réaction ».

Dans cet espace, réside notre discernement, notre liberté de choix et la liberté tout court.

Je vous invite à une séance de méditation Pleine Conscience et vous donne rendez-vous : Lundi 1er juin à 18h30.

Vous pouvez suivre cette séance de méditation sur la plateforme On Line du site Pleine Conscience Ensemble.

Encore en écran me direz-vous, oui mais devant celui-ci vous pouvez garder les yeux fermés !

Durée 45mn. C’est encore Free. 

Voici le site : La Pleine conscience Ensemble.    

Voici le lien : https://pleine-conscience-ensemble.weebly.com/qui.html

Cette initiative collective a pris naissance durant le confinement et se poursuit. Sur la plateforme collective, vous trouverez d’autres instructeurs MBSR qui se sont reliés et mis ensemble pour vous proposer cette possibilité de méditer en ligne tout au long de votre semaine. 

C’est SIMPLE. Il suffit de vous connecter et de suivre une méditation à un moment où vous êtes disponible, la séance sera guidée par un des instructeurs qualifiés MBSR*. 

Une fois sur le site, cliquez sur AGENDA, puis sur l’horaire et le prénom, vous aurez le lien Zoom pour vous connecter. Arrivez à l’heure mieux un peu à l’avance.

Dans la joie de vous rencontrer.

Lisdalia.

MBSR= Mindfulness Based Stress Reduction, cycle de 8 semaines d’entrainement à la méditation.

« Je cultive l’espoir que cette pratique d’une simplicité limpide et d’une profonde délicatesse vous intéresse suffisamment pour prendre racine dans votre être où elle croîtra, fleurira et vous nourrira, d’un instant à l’autre, jour après jour. »
Jon Kabat-Zinn

#2Pourquoi s’asseoir sur un coussin ? L’immobilité battante*

11 mai 2020, fin du Grand Confinement.

Alors que le monde s’ouvre de nouveau…

Puisque le monde coure bientôt...

La méditation Pleine conscience : L’immobilité battante.*

C’est bien de cela qu’il s’agit !

L’Assise dans la méditation serait une immobilité battante ?

Oui, radicalement, oui !

Certains voient la méditation comme une pratique molle et peut-être même paresseuse. 

S’assoir et ne rien faire, quelle idée…quand il y’ a tant à faire de par le monde ! 

N’est ce pas de la paresse ou même de la faiblesse ? 

En réalité, l’immobilité demande de la détermination et du courage, celui de ne pas faire comme d’habitude, par exemple de fuir le désagréable, l’inconfortable. 

Dans l’immobilité on décide de faire face, de ne pas fuir ce qui nous gêne mais de le regarder droit dans les yeux. 

La détermination quant à elle n’est pas de l’ordre de la volonté, ni de fer, ni de faire mais sa nature est tranquille, une tranquille certitude d’être là, vraiment là. 

Être là, totalement et pleinement dans le confort et l’inconfort, nous permet de vivre toute son expérience humaine, de la laisser se manifester, sans choix égotiques. Et ça c’est du courage, le courage d’être soi.

Dans l’assise nous nous rencontrons et nous nous offrons le cadeau peut être le plus précieux d’une existence : notre présence attentive, vivante et aimante. 

Lisdalia.

L’immobilité battante. Livre-entretien avec Pierre Tal-Coat, peintre. 

« L’une des voies vers la liberté intérieure n’est pas à trouver dans l’affirmation de soi, comme on l’entend trop souvent, mais juste dans le fait d’être là. Juste être soi, ni plus ni moins, et être ouvert à l’autre. »
Alexandre Jollien

#1Pourquoi s’asseoir sur un coussin ?

Quand le monde s’ouvre de nouveau…
Quand le monde court bientôt…

Est-ce bien nécessaire de s’arrêter et de s’asseoir ?
« De cette petite natte où je me tiens chaque jour, je vous pense. Ce temps de solitude ou de retrait est un temps pour redécouvrir le sens de notre quête »
Frederico Isahak Dainin Jôkô Sensei.

S’arrêter aiderait-il à penser ?
Alors que notre pratique nous propose de ne pas s’attacher aux pensées, méditer permettrait-il de mieux penser ?
Oui. Définitivement oui.
Dans la pratique de l’Assise nous laissons, nous quittons la surface de notre esprit, souvent encombré et plongeons. Pas forcément très profond, quelques centimètres sous la surface peuvent suffire.

La tempête peut sévir, dessous l’eau est calme et claire.

À ne pas nous attacher aux pensées, l’horizon s’éclaircit et l’essentiel apparaît.
Donc méditer n’est pas penser ou son contraire, c’est s’asseoir et s’abandonner à l’expérience vivante du moment présent, et laisser la clarté se révéler en faisant confiance à la continuité de la conscience.
Lisdalia.

PARFOIS J’ÉCRIS…

Ce sont les textes écrits à l’occasion du confinement de mars 2020

Le CORONA et sa retraite forcée « mondiale » nous confrontent chacun à son lot de découvertes agréables et désagréables.

Le confinement exacerbe les aspérités, les manquements, les déficiences, les failles personnelles et collectives, difficile d’échapper au miroir tendu.

Dans ce reflet nous apercevons peut-être mieux nos essentiels, un recentrage sur le vital et les priorités et un élagage du superflu.

En somme dans ce confinement une certaine voie existentielle et spirituelle se dessine, sans même y prendre garde, comme à notre insu.

Cette dimension profonde de notre existence de laquelle nos vies encombrées, bruyantes, nous éloignent, nous coupent et nous séparent.

Dans ce ralentissement tout naturellement, le spirituel gagne du terrain et la méditation trouve sa place. Elle a cette vertu, grâce à sa pratique simple et concrète, de relier le corps à l’esprit, relier la matière à la conscience, laissant la place à une présence intime et infinie, à une forme d’unité ressentie.

La méditation Pleine Conscience c’est l’exploration attentive et bienveillante de ce champ d’experience vivant et vibrant.

« Une fois que nous avons appris à reconnaître la qualité omniprésente de la conscience, à nous défaire de l’esprit conditionné et contingent et à reconnaître que nous sommes cette conscience spacieuse, nos pensées et nos émotions se manifestent comme des vagues ou des nuages indissociables de la conscience. Grâce à la reconnaissance nous ne sommes plus emportés par des histoires qui font tournoyer notre esprit dans des cycles répétitifs ou le font bondir dans tous les sens comme un singe fou. »

Yongey Mingyour Rinpotche, le bonheur de la méditation

texte publié pour la méditation de printemps du 26 avril

 « Chaque grande et profonde difficulté porte en elle sa propre solution. Elle nous oblige à changer notre façon de penser afin de la trouver. » Niels Bohr.   Certes à des degrés divers et avec des résonances singulières, chacun est impacté par le Corona. Le confinement et ses effets auront touché la planète et donc tout le monde. Dans une période aussi chaotique nous vivons de nombreuses perturbations, nous sommes régulièrement emportés par des vagues émotionnelles, tantôt c’est l’effroi, tantôt la colère ou encore l’accablement ou l’apathie. Notre météo interne est à l’agitation orageuse, comme le veut la saison du moment. Alors que nous avons envie de calme, de sérénité, de stabilité, alors que nous aimerions parvenir à profiter de l’instant présent, le mental ne cesse de nous entrainer vers le passé « comment c’était mieux avant » vers l’après et le futur « comment ce sera pire », bref la vie n’est jamais comme on le voudrait ! Et qui sortira indemne de ce confinement ? Depuis quelques jours, des demandes m’arrivent, elles ont un point commun : « Je ne peux pas y retourner comme si rien ne s’était passé » « Je vois bien que ce que je fais comme travail, n’a aucune utilité réelle, aucune utilité pour l’humanité ». Cette période agit comme un aiguillon et vient nous piquer là où c’est inconfortable, nous obligeant à descendre en nous-mêmes, plongeant profond à la recherche de nos essentiels. Quel sens a ou peut prendre ma vie dans cette existence qui m’est donnée ?   « J’ai fini par découvrir que le seul moyen fiable de se libérer de la souffrance, c’est ne pas chercher à se débarrasser du problème. Alors la vague a cessé de chercher à m’emporter. Elle était là mais ne me faisait plus aucun mal. Cette compréhension primordiale est le fruit de la contemplation de l’impermanence. » Yongey Mingyour Rinpotche, le bonheur de la méditation   L’impermanence, une donnée existentielle de la vie humaine, sa contemplation est un des enjeux de la pleine conscience. Je vous invite de nouveau ce dimanche, à venir faire une exploration de pleine conscience avec la Communauté Éphémère de la méditation de printemps.
texte publié le 5 mai pour le 5éme méditation de printemps

Nos villes sont étranges, silencieuses, désertées, nous sommes encore confinés ! Alors que nous nous replions à l’intérieur et avons quitté le dehors, le printemps s’en donne à cœur joie et explose de vie. Cette vie loin d’être confinée va son chemin, pendant que nous nous retirons, la nature s’etire sans nous, un air plus sain, des oiseaux plus sereins mêmes les chiens semblent plus nombreux. Ces contrastes nous prouvent, démontrent, pour ceux qui en ont encore besoin, notre interdépendance, nous sommes liés et reliés de façon systémique les uns aux autres et avec notre environnement.   Cette reliance nous la vivrons de nouveau lors de notre prochaine Communauté Éphémère.
texte publié pour la méditation de printemps du 19 avril
Je vous espère vous et vos proches en bonne santé et que vous n’êtes pas touchés trop brutalement par cette situation inédite et même ineffable, tant les mots nous manquent pour la qualifier. Quel que soit le mot juste, cette crise impacte chacun d’entre nous en créant un certain chaos. Face à lui, nos réactions varient, prennent des formes très diverses et souvent fluctuent, parfois d’un instant à l’autre. Le repli sur soi est possible, la tension, le rejet mais le chaos crée aussi de la créativité et de nouvelles formes de solidarité, j’en vois beaucoup autour de moi. C’est ce dernier chemin que je prends et choisis avec cette proposition :    Méditer Ensemble en Live (*)
texte publié pour la méditation de printemps du 5 avril

Je suis et reste curieuse de ce qui émerge d’un temps si Inédit… 
Après la sidération des premiers jours et le basculement dans un autre monde depuis, un élan ce matin, un mouvement printanier qui m’a propulsée aux petites heures dans les rues silencieuses de Lille. 
Je vous reviens, chère communauté Mindfulness-Lille. 
Hier encore, je pensais rester silencieuse tout au long de ce confinement. Mais voilà que le voile du silence se déchire pour laisser des mots prendre forme à la surface du petit jour. 
Rien de calculé, de prémédité, juste aidée par cette phrase lue ce matin dans le catalogue d’un peintre que j’admire beaucoup, Tal-Coat* « C’est la vie, qui doit être volontaire et l’art qui doit être abandon » déclare-t’il. 
Elle a eu une résonance intime avec ce que ce moment de vie cherche, je sens à m’enseigner : laisser faire la vie et accueillir comme je peux l’inconfort de l’incertain. La vie volontaire continue de s’inventer, rien à faire, apprendre à laisser faire ! Et bien cet abandon, c’est du Boulot, mettre encore et encore de la conscience, dans des endroits bien reculés, bien dans l’ombre, bien « muchés » comme on dit dans le Nord ( désolée dans les Hauts de France) . 
Mon activité s’est brutalement arrêtée le 16 mars. Sans crier gare, à la sauvage.Il se trouve, un comble, que la semaine précédente était justement sans précédent, à savoir une explosion des possibles qui me menaient, pour un des projets, à l’autre bout de la terre… Autant vous dire que le coup d’arrêt fut brutal, violent. Une image ? J’étais sur le plongeoir, prête pour un grand et beau saut, et hop ! Là, Badaboum, en fait il n’y avait pas d’eau dans la piscine. Aïe !!! Depuis, ça chemine, ça s’organise, je médite, je marche, je danse et doucement, lentement, je me réjouis de plus en plus souvent de cette sensation, pas inconnue mais si peu fréquentée, d’avoir le temps de tout, ou pas loin de tout. Comme de mettre les mains dans la farine et de faire un pain, atelier de ce matin. D’inventer de nouvelles recettes gourmandes sans sucre. De créer un nouveau décor-balcon-concept avec seulement et seulement ce que j’ai à ma disposition. De bientôt manier les pinceaux plus souvent que jamais,De danser en connexion avec une multitude d’autres venus des quatre coins de monde…De découvrir Mes voisins, ces presque inconnus encore il y a peu, il y a ceux qui proposent des DVD de grands films, une autre des cours de Qi Gong, un autre des BD, et encore ceux qui mettent à disposition leur bibliothèque….De jouer, hier soir, seule à 20h, face à ma grande et large place lilloise, j’ai pris mon tambour et pour une amie en convalescence et pour beaucoup d’autres inconnus, j’ai joué. De laisser la vie faire son lit sans trop interventions volontaires.De goûter, cette nouvelle liberté, toute intérieure. Alors que la liberté extérieure m’est refusée ou presque, je découvre des occasions de rencontrer des espaces eux encore inexplorés et libres.La lenteur est propice à ces nouvelles découvertes.  Je suis et reste curieuse de ce qui émerge d’un temps si Inédit…

Je ne lance rien, les sollicitations ne manquent, j’imagine bien, mais si des idées, des envies, des partages, émergent en vous : PROFITEZ DE CET ESPACE VIRTUEL OUVERT, il est à Vous, il est à Nous. Un peu comme LA PLACE D’UN VILLAGE, chacun y vient, y passe ou y reste un peu, y parle ou reste en silence, chacun y vit a sa façon, à son rythme..,

Texte ecrit le 23 mars



« Pourquoi tout s’est calmé ? Je crois qu’il n’y a plus de vent. Et les maisonnettes qui souvent traversent la place comme sur des petites roues sont fixées, solidement immobilisées…silence…silence…on ne voit pas du tout le mince trait noir qui d’habitude les séparent du sol. »
Conversation avec l’homme ivre. Franz Kafka 
La place Der Ringplatz, place de la vieille ville à Prague. 
Silence, nous entendons le silence. Maintenant. 
En écoutant le silence nous entendons mieux les oiseaux certes, oiseaux qui prennent de plus en plus leurs aises, mais aussi nous-mêmes. Un silence extérieur propice au retournement vers soi. 
Une ville si silencieuse, parfois même inquiétante tant ce silence est aux petites heures matinales envahissant de présence. 


Est-ce un temps kafkaïen que nous vivons ? 
Une époque qui égare et nous éloigne de nos repères, sûrement ! …
Avec des scènes absurdes, déroutantes, burlesques aussi…
Quand comme ce matin, je vois une femme (?) dans sa voiture avec bonnet, gants et masque, un masque qui lui donnait un air de Sidonie, la petite oie du dessin animé Aglaé et Sidonie. 
Elles fleurissent les Sidonie, un peu partout, des silhouettes qu’on aimerait parfois immortaliser, tant elles ont un potentiel burlesque. Je vois encore ce jeune couple, elles de grandes échasses, une minijupe, des Rangers noirs, le tout avec le masque comme un bec. 
On aurait ri il y a seulement 10 jours mais maintenant personne ne rira. 


Scène saugrenue, un joggeur tranquillement faisant ses exercices, des grands cercles avec ses bras, au milieu du boulevard, sans crainte d’aucune sorte. Le boulevard à 8h ce matin était à lui. 


Puis ceux qui échappent, ou s’affranchissent de la règle anti-rassemblement, ce sont les hommes de la rue, de la manche, eux c’est la déambulation ensemble, à 3 sinon rien ! On les entend à l’autre bout de la place, ils parlent encore, et pas du Corona. “Monsieur et Madame tout le monde” l’ayant désertée la rue, elle leur appartient comme jamais. 


La bascule s’est faite, brusquement le monde a changé, la vie a basculé. 
Et nous est-ce que nous changeons ? 
Vous connaissez cette citation de Gandhi
« Change et le monde change »
Le monde change est-ce que nous aurons changé ? 
C’est la question sur toutes les lèvres : y aurait il un avant et un après Corona ? 
Va savoir… 


Et puis une dernière scène. Une silhouette féminine, je la vois, elle sort au petit matin, ses chaussures de marche, comme des bottes de 7 lieux la portent , elle marche, elle vole… elle revient souvent l’heure est passée, un air détendu, sourire doux. Dans son sac, des fleurs dépassent. Les fleuristes ne sont plus des commerces de première nécessité. Mais pas pour elle. Dans ce printemps d’un nouveau Prague, elle a besoin de ces fleurs pour son intérieur, comme une lumière, qui sait, son petit acte de liberté et de respiration… j’imagine !
texte écrit le 19 mars 2020

Lumière d'Hiver…

À partir d’aujourd’hui, les jours recommencent à croître…

Cette nuit du 22 décembre à 5h19 minutes et 25 secondes, exactement, nous sommes entrés dans l’hiver, c’est le solstice d’hiver.

Solstice, l’origine étymologique du mot signifie “le soleil s’arrête “, le soleil rentre est en stase, il s’immobilise. Comme si, le soleil prenait un temps de respiration, une Épochè solaire, une suspension pour contempler, respirer et mieux repartir.

Et il va repartir dans l’autre sens, vers la lumière. Fini le glissement infini vers l’ombre et les ténèbres, le mouvement s’est inversé.

Le Nouveau arrive déjà !

C’est ça Noël, la renaissance du soleil invaincu, « sol invictus », retour de la lumière, au plus profond de la nuit, la lumière surgit et grandit. Et quelle incandescence que cette lumière de l’hiver, quand elle survient, elle nous inonde, plus brillante, plus scintillante que jamais. 

Et si nous prenions, l’esprit des saisons et sa sagesse comme une invitation à être capable, dans des moments sombres, difficiles et rudes, de trouver le vivant aussi minuscule soit-il, à voir là où réside encore la lumière, même de façon infinitésimale. Comme un appel à changer de direction, à ne pas s’enfermer dans une vision fermée de la situation.

Et comme le soleil qui s’arrête, pouvoir repartir autrement. Un moment de suspension du jugement, des croyances, des filtres de référence, un instant de pleine conscience, et l’on revient dans la situation avec un œil neuf. Le regard neuf, le regard de l’enfant, l’esprit du débutant de la pleine conscience, celui qui voit comme pour la première fois, parce que c’est toujours une première fois… 

Je vous souhaite un très Joyeux Noël.

 

L’été : le temps de vivre…*

A lire lentement, en prenant le temps…

Je voudrais vous souhaiter un bel été.

Je vous ai écrit en hiver, je ne voulais pas rater l’été.

Et l’été nous attend. 

Ça y est, c’est l’été depuis le 21 juin, solstice d’été, le temps de l’Eros, du plaisir, de la joie, de l’abondance, de la vacance…

Quand on parle de la saison, on pense temps, au temps qu’il fait, et si il est de saison ou pas. 

Une vraie question ici à Lille, surtout pour l’été, aura-t-on un été, un vrai été ?

L’été des terrasses et des soirées qui durent, se poser tranquillement dans cette énergie chaude et douce de l’été, des places et des cafés, où le temps s’étire, se prélasse et semble cette fois-ci infini.

On aime ça ici à Lille, le temps du dehors. Un petit rayon et hop le Lillois se ballade, il sort !

L’été, à Lille, nous fait régulièrement faux bond, il va, il vient, frais le matin, moite le soir. 

Il pointe le bout du nez, on y croit, puis s’en va, disparaît dans une bourrasque, une averse, un orage, un nuage…

Quoiqu’il en soit, l’été sera là ! 

Cette année, comme toutes les années à sa façon, à sa manière. 

Le temps de vivre…

« L’eau, l’air, la lumière. Profitez de ces délices passagères et durables. Car elles vous seront arrachées et, seconde après seconde, et jour après jour, elles vous le sont déjà par notre maître à tous, le monstre tout puissant, l’incarnation de la souffrance et du mal : le temps.»  

Jean d’Ormesson. 

Oui le temps Chronos, ce vieillard saturnien qui, sans beaucoup d’états d’âme, mange ses enfants, implacable temps qui passe…

Vite, dit-on, de plus en plus vite même, paraît-il !

Le temps qui passe et qui comme les grains d’un sablier s’écoule inexorablement, lentement et un jour toujours. 

Il y a quelques jours je reçois un mail, il m’annonçait le retour vers la lumière d’un ami, après un week-end joyeux et léger.

Un dimanche soir, il s’est endormi, pour ne plus se réveiller. 

Le fil fragile de la vie.

Le fil du temps coupé, sans aucune sommation. Brutal !

Le temps, cette durée de vie qui nous est donnée et dont on ne connaît que le commencement jamais la fin. 

« Combien de temps… 
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien?
Quand j’y pense, mon cœur bat si fort… 

Mon pays c’est la vie.
Combien de temps… 
Combien? »

Vous aurez peut-être reconnu la merveilleuse chanson de Serge Reggiani : « Le Temps qui reste »

Qu’adviendrait-il de nous, de nos vies si on savait le temps qu’il nous reste ?

Lors d’une vengeance personnelle d’Éa contre Dieu, son père, dans le film « Le tout nouveau testament », Dieu (Benoit Poelvoorde) méchant et odieux, Éa, sa fille donc, envoie l’information à chaque personne sur terre, sur son téléphone, du temps qu’il lui reste à vivre, pour, dit-elle « rendre aux hommes la conscience de leur propre mort »

Eh bien c’est la pagaille, ça change la donne, une onde de choc parcourt et secoue la terre, on se réveille, on se ranime, on essentialise, on abandonne cartable et ordinateur pour suivre le ballet des étourneaux, laissant tomber chimères, peurs, angoisses, mirages, préoccupations du futur, pour enfin vivre le présent et se rencontrer, re-rencontrer son âme d’enfant, son âme sœur, son âme tout court…

Vous êtes-vous déjà posé cette question ?

Le temps de vivre…

Tout est une question de temps !

« Oui…j’aimerais bien, mais je n’ai pas le temps » Chaque fois que j’entends cette réponse dans mes séances, je sais qu’il y a une fenêtre, une ouverture, nous allons pouvoir travailler…

En effet c’est peut être fâcheux, mais ne pas avoir le temps, reste un choix. 

Il n’y pas à se sentir coupable, juste responsable !

Car le temps, ce que j’en fais, est un espace de responsabilité, de liberté, est une de nos 5 contraintes existentielles*, et étrange paradoxe : on n’échappe pas ou plus à notre liberté !

Quelque peu angoissant ! Au point qu’une telle liberté, nous conduit parfois, c’est Éva Illouz, sociologue, qui le met en lumière*, à l’incapacité de faire un choix, trop de choix tuant le choix…

Tout tourne autour du temps et notre manière de vivre le temps.

Faire des choix et tenter de choisir sa vie, un acte souvent difficile, toujours courageux, parfois inouï.

Ce même jour, je recevais un autre mail, venant cette foi-ci de Marie…

Marie est une personne que j’ai accompagnée, il y bientôt 3 ans et qui m’écrit dans ce mail : « merci d’avoir été l’élément déclencheur ». 

Marie* vit à Singapour, elle m’annonce qu’elle s’apprête à faire le tour du monde en courant tous les jours ou presque, un marathon, et relier ainsi les 4 continents, une course en solo de 26232kms sur deux ans ! Impressionnant !

Quand je l’ai rencontrée pour la première fois, elle était au bord de l’épuisement professionnel, la dépression n’était pas loin.

Quitter la France et retourner en Asie, a été salutaire pour elle, nous avons donc poursuivi nos séances par Skype. Notre travail a surtout consisté ne pas se définir, se réduire à ce qu’elle traversait et à revenir au moment présent et créer progressivement un espace de conscience attentive : parvenir à se voir partir vers ses trous noirs, vers les pensées dites négatives et culpabilisantes et courageusement tenter de revenir, encore et encore, revenir au ici et maintenant du temps présent. Sans chercher à contrôler ces pensées, les supprimer ou les chasser comme des oiseaux de mauvais augure mais en les voyant d’abord, en les observant, en les laissant passer leur chemin. Revenir au temps présent. Et constater très simplement que « Là, juste là, ici et maintenant tout va bien » Adopter cette discipline de progressivement revenir toujours et encore au temps présent et y respirer. Revenir à ce qui « Est » !

Quel courage, quelle volonté, quelle ténacité et quelle intelligence il lui aura fallu mobiliser. 

Des qualités tout aussi nécessaires à la grande aventure qu’elle s’apprête à vivre aujourd’hui et dont je ne doute pas qu’elle les ait toujours solidement, même farouchement ancrées au fond d’elle.

Alors si le voyage que Marie entreprend, imagine, aujourd’hui est incroyable, fantastique, fabuleusement audacieux, un peu fou même, celui qu’elle a entamé en juillet 2016, ne l’était pas moins. 

J’ignore son processus, le cheminement qui l’a amenée là, à cette décision, mais parfois ce qui ressemble à une folie, n’est que ce qu’il y a de plus raisonnable à faire.

Une décision follement raisonnable, en quelque sorte !

Face au risque de l’inconnu et à son péril on est souvent envahi par les doutes, l’inquiétude, la crainte de ce que l’on va perdre, abandonner,  et on néglige l’autre versant de l’histoire : ce que ça coûte de ne pas faire, de ne pas aller au bout, de ne pas  écouter la petite voix intérieure et parfois, le prix à payer est au final « very expensive »

Pour Marie, ce qui est certain, c’est qu’elle a choisi, choisi d’utiliser « son temps à vivre » pour ses rêves les plus profonds, les plus vivants pour elle.

Et pour ça, pour cet invraisemblable choix, chapeau bas !

Le temps de vivre…

 « On oublie trop souvent que ce n’est pas le temps qui passe, mais nous qui passons. Nous passons trop souvent à côté de nos vies, qu’il nous faut apprendre à habiter à tous les instants »

Pierre Rabhi, paysan philosophe.

Apprendre à habiter chaque instant de notre vie, va demander de la lenteur, exiger de ralentir, se poser et regarder autour de nous, contempler.

Les temps modernes et leur technologie nous entrainent loin de cette contemplation, à la place c’est la connexion, même dans notre lit, le petit appareil a fait son apparition et s’empare de notre intimité. L’endroit du repos n’en est plus un, rares sont les endroits qui échappent à la lame de fond de l’hyperconnexion. Nous sommes sous emprise, addicts !

Avez-vous remarqué comment durant ces temps de connexion, nous sommes comme kidnappés, happés, les heures passent, nous disparaissons à nous mêmes, c’est l’oubli de la réalité, la vie nous échappe, le temps passe.

Face à ces sollicitations permanentes, à cette hyperconnexion, devant l’océan de choses à faire, des centaines de mails à lire, ou juste à supprimer, les notifications et tweets, du texto à envoyer, du cadeau d’anniversaire à acheter, des courses à faire, des futures vacances à préparer, du rendez-vous médical à fixer, de l’expo à visiter…

Je continue ?

On pourrait ne jamais arrêter. 

Sauf à le décider…

Il y a une centaine d’années, la bougie avait raison de nos yeux et qu’on le veuille ou non, le repos s’imposait. Aujourd’hui, Times Square* n’est plus une exception, le cycle jour/nuit, si on y prend pas garde, n’être plus qu’une longue journée continue…

Au fond méditer, c’est d’une certaine manière arrêter le temps et prendre le temps de vivre. 

C’est ce que nous faisons dans la pratique de la méditation Pleine Conscience.

Méditer, c’est choisir d’arrêter « de Faire » et prendre le temps « d’Être », juste Être et respirer, expirer, sentir, vivre et se sentir vivre, sentir sa respiration, son cœur, sa vie…

Être là ! Et pour une fois, enfin, pas pour faire quelque chose, il n’y aura rien à se demander, juste être là.

Le premier mérite de la méditation est d’être un acte gratuit, rien à faire, personne à être, rien à attendre…

C’est reposant, non ?

Il n’y a pas d’objectif à se donner, ce n’est pas pour réussir quelque chose, même pas pour réussir à être Zen !

Dans la diffusion à grande échelle de la Pleine Conscience, on voit apparaitre cette gageure, une sorte de « forçage à la zen attitude » 

L’injonction à être heureux ou à devenir Zen.

Aberrant!

Eh bien Non, définitivement non, on peut ne pas être zen même quand on pratique la pleine conscience.

Un nouveau catéchisme ?

Devenir un stakhanoviste de la zen attitude ou encore exalté de la méditation ?

« Foutez-vous la paix » nous dit, Fabrice Midal, une façon un peu provocatrice de nous mettre en garde contre ce qui pourrait devenir de nouveaux devoirs, impératifs, exigences.

Lâchez-vous les baskets ! (ou sneakers)

Il est manifeste que sans discipline pas de changement, la Pleine Conscience n’est pas une baguette magique, c’est d’abord une affaire de pratique, sans elle point d’effet.

La nuance avec notre mode habituel c’est que ça ne se décide pas, on attend rien, on ne cherche pas, on pratique et on fait confiance !

Et parce que je pratique ça peut arriver, ça peut s’inviter à venir…

Et alors oui…Ça se détend, ça se pose, se dépose, se calme, ça se relaxe…

Comme les paillettes d’une boule à Neige, ça se dépose.

Le mot important, c’est « Ça »

Pourquoi ?

Le Ça, ne cherche pas, ne veut pas que ce soit comme ça devrait être, n’est pas dans le contrôle, c’est une autre attitude, celle de la confiance et d’abandon aux choses telles qu’elles sont, au processus vivant en cours et à sa continuité.

 « En nous ouvrant à une conscience des choses telles qu’elles sont réellement à l’instant présent, nous goûtons souvent à des états très profonds de relaxation et de bien-être, aussi bien corporels que mentaux, même lorsque nous sommes confrontés à de graves difficultés »

Jon Kabatt-Zinn

Le temps de vivre…

Allez comme André Gide, prenons le temps, le temps de vivre cet été et…

« Regarde le soir comme si le jour y devait mourir, 
Et le matin comme si toute chose y naissait. 
Que ta vision soit à chaque instant nouvelle. 
Le sage est celui qui s’étonne de tout. » 

André Gide, Les Nourritures Terrestres

Laissez-vous vivre, prenez le temps avant que le temps ne vous prenne et laissez la vie s’inviter en vous et s’inventer instant après instant, comme un souffle d’air frais, une légère brise d’été…

Respirer cet air léger de l’été, ce sera dans quelques jours pour moi sur le chemin de Compostelle…

Je serai, comme toujours, heureuse d’avoir de vos nouvelles, bel été à vous.

« En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre, de respirer, d’être heureux. »

Marc Aurèle

Lisdalia

*Au moment d’envoyer ce billet j’apprends que Christophe André, Psychiatre, spécialiste de la méditation vient de sortir le livre  « Temps de méditer »

* les existentialistes n’en ont mentionné que 4 : la solitude, la finitude, la liberté/responsabilité, la quête de sens; la contrainte d’imperfection a été rajoutée par Noël Salathé parce qu’il la trouvait importante dans ses accompagnements.

* Éva Illouz « Pourquoi l’amour fait mal »

*  www.lootie-run.com; c’est naturellement avec son accord qu’elle est citée et que son site est nommé.

* Times Square qui représente New York et qui ne dort jamais

Bonjour Tendresse…

Oui, j’ose espérer un peu de tendresse et de douceur dans ce monde…


Téméraire et effrontée que je suis…

Comment allez-vous ? 
Ça fait longtemps, n’est-ce pas ! 


Oui d’abord cette inquiétude : la source se serait-elle tarie ?  
Ces derniers mois, je l’ai imaginé et sans doute même craint. 
Y aurait-il encore un billet ?
Une précision, ce n’est pas une newsletter, il n’y a pas de régularité, ni de communication d’activité. 
C’est autre chose, j’ai appelé cela, un Billet.
Je vous parle en écrivant…
Ces billets sont des émergences, des fulgurances du moment présent. 
Ils me viennent ou pas ! 
Depuis près d’un an, c’était plutôt « ou pas »

Comment en parler ? Comment évoquer cette crainte, inquiétude du tarissement. 
Ne plus écrire ces textes minuscules, ces petits moi-même, ces petites-mini-contributions à… 
À quoi d’ailleurs ? 
C’est souvent vous qui me le dites, cher lecteur, lectrice, amie, ami, ce à quoi j’ai contribué dans votre vie du moment. 
C’est un pur bonheur, une joie profonde. 
Oui, un grand plaisir à chaque retour, à chaque partage, même très court, de vous lire. 
Et sachez que je réponds à chacun. 
Avec la surprise de retrouver certaines, certains où parfois je me disais : sans doute ça l’incommode ces billets, n’ayant jamais eu de retour. 
Et puis miracle ! Cette fois-là de façon totalement inattendue, c’est le premier retour de mail qui m’arrive dans la boîte, 10mn seulement après l’envoi. C’est Whaouu !

Donc… Si vous n’avez encore jamais pris la plume pour écrire, répondre, c’est l’occasion d’opérer…Une magie.  
Je vous attends.*1

Voici donc un nouveau billet, je crois que l’envie de vous retrouver n’y est pas étrangère. 

Ce matin cette citation :
« Il ne faut pas chercher à vivre longtemps, mais vivre pleinement. Vivre longtemps, c’est le destin qui décide. Vivre pleinement, c’est ton âme. La vie est longue si elle est pleine.»
Sénèque (lettre XCIII)

Une vie pleine, serait donc une décision !
Vivre pleinement ! Vivre longuement !
Nous en rêvons, nous y aspirons…

Qu’est-ce que cela signifie vraiment, Vivre pleinement, au fond…
L’adverbe « pleinement » embarque une capacité à goûter, à apprécier la vie, à la connaître, à la déguster, peut être même à aimer, son goût, son intensité, une intensité qui peut être douce mais qui peut être amère, eh oui aussi !

Et comment s’y prendre ?
Eh bien : Être là.
En étant là, occupant entièrement le temps présent, de tout son être, de toute son âme, prendre sa place et toute sa place. 
Juste là, ici et maintenant.
Pas à pas, instant après instant.
Pas après, pas avant mais maintenant !

C’est simple, non ? 
Être totalement là, présentement là, dans le moment, dans l’instant.

Oui, et pas si simple non plus !
Trop souvent dans nos vies agitées, la présence à soi, à l’autre, aux autres est parasitée, devient inaccessible. Peut être même n’a-t-elle jamais été accessible. 
Parce que la vie nous agite, mais aussi parce que nous nous agitons nous mêmes, seul dans notre bocal, emportés par notre mental, qui nous mène par le bout du nez. 
Lors de mes animations ou de mes accompagnements individuels, j’entends très souvent : « J’ai un mental trop fort »
Oui, c’est vrai ! Comme beaucoup de monde, et sans doute pas plus, pas moins. 
Mais, il n’empêche que le vécu de cette personne-là, est exactement celui-là : son mental est très fort, trop fort et plus fort qu’elle !

Que fait-il ce mental ?
Et bien il me balade, m’emmène loin du ici et maintenant.
Au bout du compte, le mental fait son boulot de mental, c’est-à-dire produire des idées, des spéculations, des pensées sur… sur tout, tout ce qui bouge, se manifeste, qui se révèle dans le champ.
Il fait des vagues, sur le vaste champ qu’est la conscience, son job, c’est d’occuper l’esprit et de faire des vagues, des vagues de pensées qui viennent vous balloter, troublant perpétuellement l’océan de la conscience. 

Alors votre mental : Serviteur ou Directeur ?
Il me sert ou il me dirige, comment répondez-vous ?
« Le mental est un magnifique outil si l’on s’en sert à bon escient. Dans le cas contraire, il devient très destructeur. Plus précisément, ce n’est pas tant que vous utilisez mal votre « mental » ; c’est plutôt qu’en général vous ne vous en servez pas du tout, car c’est lui qui se sert de vous. Et c’est cela la maladie, puisque vous croyez être votre mental. C’est cela l’illusion. L’outil a pris possession de vous »
Eckhart Tolle

Là est l’illusion, nous pensons être nos pensées et nous faisons corps avec nos pensées.
Il y a une ébauche de sculpture de Rodin, dans son musée à Paris : son nom « Pensée »*2,  deux corps sculptés imbriqués, enchevêtrés, mêlés, impossible de se libérer, de se détacher, pas de distance entre Pensée et moi : « Je suis Pensée ».

Et c’est ce que nous pensons et croyons, dur comme fer ! 
En réalité nos pensées, ne sont QUE des productions mentales, des chevaux fous qui chevauchent perpétuellement et durablement notre champ de conscience et si je peux enfin les regarder comme tels, et contempler le paysage avec ces chevaux, je ne suis plus dans l’illusion. 
La pensée n’est qu’une pensée, et je reviens au souffle, au corps et à ses sensations, à l’instant présent !
Là est la pratique, là est le chemin de la pleine conscience !
Pendant que j’écrivais ce billet, j’ai reçu un mail, il vient de Dorothée, qui a participé à l’un de mes stages : « Intelligence Émotionnelle et pleine conscience » et qui témoigne :
« Je suis encore et très souvent rattrapée par les chevaux fougueux que sont mes pensées. Maintenant, je sais que c’est « normal » , que mon cerveau fonctionne bien puisque c’est une  » machine à penser » , c’est donc une déculpabilisation qui me libère et ….tranquillement, quand mes chevaux plein d’énergie s’emballent , je les ralentis et reviens  sur ma selle bien assise, bien dans mon « assiette » et je regarde mes chevaux ralentir et admirer le paysage… »

À ce stade peut-être faudrait-il, préciser ce que je mets derrière le mot mental :
Il est à considérer comme un processus, un processus qui inclut pensée, langage, intelligence… C’est donc large, et ça peut sembler fourre-tout, mais le mot essentiel, est le mot Processus. 
Dans la méditation, nous tentons d’être attentif au processus, que l’on peut voir comme une sorte de bande passante, on tente d’être témoin, d’observer, d’y repérer les répétitions, les brisures, les failles, les interruptions et elles sont nombreuses et de natures très variées.
Son observation demande patience et silence. 
Et, 
Ça prend une vie…

Après ce détour par le mental, si détour il y a,  revenons maintenant à la présence, la présence et sa douceur.  La tendresse de la présence !
La présence, est un état où justement le mental est tenu en laisse, il ne disparaît pas du champ de conscience, il est seulement tenu, retenu avec douceur et fermeté.
Il ne va plus m’entraîner ailleurs et je peux alors être totalement là, pleinement présent à ce que je fais, vis, dis, ressens : 
À cette assiette que je lave, à cet oiseau que je vois picorer sur l’arbre, à cet enfant qui me raconte ses malheurs et/ou joies de la journée, à ma marche dans la ville…
En étant là ; je pratique par ma pleine présence, une forme de méditation, que dans la Mindfulness on appelle, une pratique de méditation informelle. 
Je deviens vivante, vivant dans tous les moments de ma vie et de ce fait ma présence change, ma qualité de présence à ma vie bouge.
Et la vie me devient, même dans ses turbulences, plus douce.
J’apprends à devenir tendre avec elle, à ne pas la juger trop sévèrement dans ce qu’elle me donne ou ne donne pas assez, et comment je peux rencontrer en moi, même en plein tumulte, un endroit où « ça » reste calme et pleinement vivant. 
 » Méditer chaque jour n’est pas un exercice de bien-être ou de bien aller, et au fond n’est pas une pratique. Méditer n’est autre que prendre enfin conscience, mais pour de bon, que nous sommes là, là et vivants. Vivants tels que nous sommes« 
 Fréderico Dainin Jokô Sensei.

Vivant, présent, déployant sa présence, sa pleine attention, dans un premier temps à soi-même et au bout du compte avec le monde autour de soi. 
Méditer est un geste large et non égotique, il commence par soi et se poursuit avec et par le monde, c’est un acte radical d’amour, qui ouvre à l’instant présent et aussi à plus grand !
Mais…
« Avez-vous la patience d’attendre que la boue se dépose au fond de l’eau et que l’eau de l’étang devienne claire à nouveau ? Avez-vous le courage de rester immobile jusqu’à ce que l’action juste émerge d’elle-même ? »
Lao Tseu
Oui il faut du courage pour s’asseoir et « ne rien faire » et laisser les paillettes de la boule à neige se poser au fond et ainsi vivre en live, en direct, connecté au corps, à ses sensations, ses émotions, ses ressentis et être en awareness.
Un mot cher aux gestaltistes, dont je suis.
Être « aware », en éveil à soi et présent à son environnement !
Respirer : Inspirez, regardez le ciel, expirer sentez la terre sous vos pieds.
Il n’y a pas de présence sans contact incarné avec soi, sans conscience de soi.
C’est dans l’intelligence émotionnelle, la première des aptitudes, la conscience de soi et de sa corporalité.
Rester assis et prendre le temps de se sentir et accueillir tout ce qui se manifeste, avec une attention affectueuse, sans jugement, être un témoin bienveillant capable de douceur et de fermeté. La douceur pour pardonner les égarements de la pensée, la fermeté pour revenir toujours et encore à l’instant présent du souffle et dire OUI, à tout ce qui est et se donne à vivre, agréable ou désagréable. Là est la pratique.
Dans ce geste quotidien, qu’est la méditation, on se découvre et on apprend finalement à se connaître ; nous cessons lentement mais sûrement d’être cet étranger, l’étranger que nous étions pour nous-mêmes.
« Connais-toi toi-même… » Et on ignore souvent la suite
« Tu connaîtras l’univers » et j’ose, j’enchaîne avec un autre maître qui d’une manière différente nous dit la même chose :
« Si tu parviens à te connaitre totalement, si tu peux affronter à la fois tes côtés sombres et tes côtés lumineux, tu arriveras à une forme de conscience suprême. Quand une personne se connaît, elle connait Dieu »
Djalãl Addin Muhammad Rûmî, (12éme siècle).
Je continue de soutenir que passer du temps avec soi en conscience, est un geste d’humanité et d’amour, à la fois pour soi et pour les autres.
Pour soi, car nous développons de la qualité de vie et notre présence gagne en vie, et cette qualité de présence de façon systémique, parce que nous sommes liés et inter-reliés, nourrit le monde.

Orelsan ne dit pas autre chose, à la fin de cette chanson assez fabuleuse dont le titre est : Notes pour pas trop tard
 « Y a rien à faire, à part être présent »
Rien à faire, Nulle part où aller,  Personne à être… juste être là !
La première phrase entendue lors d’une retraite de méditation en silence, marquante à jamais!

« Tout nouveau commencement vient du silence obscur de l’hiver »
Et nous arrivons dans l’hiver !
Alors une décision : le commencement ou recommencement de la méditation cet hiver ?
L’arrivée de l’hiver, un moment propice au repos, à une forme de repli, alors profitons de l’hiver comme d’un temps pour soi, d’une nouvelle forme de présence à soi.

Le  solstice du 21 décembre est là, le retour à la lumière, c’est la fin de la chute…
Le soleil revient, certes modestement, il commence à se coucher une pincée plus tard,  une unique minute de décalage, mais c’est le début d’un nouveau cycle qui prépare et oui, déjà le printemps.

Je vous embrasse.
Lisdalia.


*1, Ceci dit, je vous ennuie peut-être vraiment et dans ces cas-là en toute simplicité faites-le moi savoir par retour de mail et je vous promets ça cessera. Sans rancune.
*2 Il existe une autre sculpture plus connue, nommée « La pensée » un doux visage de femme, délicat et rêveur, prisonnier d’un bloc de marbre, elle n’a ni bras ni jambes.